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Un article savoureux du Vénérable Bhikkhu Sujato et un excellent prétexte pour se replonger dans le Canon pāli (ou s’y plonger tout court). 

10. Saccaka obtient ce qu’il mérite

Où le situer dans le Canon ?

Majjhima Nikaya 35, Culasaccaka Sutta

Contexte ?

L’ascète Saccaka apparaît dans quelques Suttas. Ici, il se vante (auprès des Licchavis) de dominer le Bouddha au cours d’un débat sur les cinq agrégats et le non-soi, offrant une série élaborée de comparaisons sur la façon dont il va «traîner» le Bouddha «comme un énorme éléphant qui prendrait plaisir au jeu du Lavage de Chanvre* ».* Les Commentaires disent que les hommes «jouaient» à ce jeu tout en préparant le chanvre. Ils ligotaient en poignée le jute, l’immergeait dans l’eau, puis le battait sur des planches vers la gauche, vers la droite, vers le milieu. Un éléphant royal vu ce jeu, et plongeant dans un étang, prit de l’eau dans son trompe et la pulvérisa sur son ventre, son corps, des deux côtés, et l’aine.

En quoi est-ce amusant ?

Alors que Saccaka se vante sans retenue, il n’y a aucun doute sur le fait que son arrogance provienne d’un état de souffrance, et le Sutta ne contredit pas ce point. Il finit complètement déprimé et humilié. Mais comme toute bonne «raclée» lors d’un débat, elle s’avère être un antidote nécessaire à son arrogance. Plus tard, il deviendra un Arahant.

9. La Fierté De Brahma

Où le situer dans le Canon ?

Digha Nikaya 11, Kevaddha Sutta.

Contexte ?

Un moine est à la recherche d’un être qui puisse apporter une réponse à l’une de ses questions, «Où les quatre grands Éléments cessent sans reste ?» Il interroge les dieux, mais ils lui conseillent de se référer «à l’étage au dessus» (ce qui en sois même est une magnifique satire sur la nature bureaucratique de la hiérarchie céleste) jusqu’à ce qu’il arrive dans la dimension de Brahma. Brahma apparaît et se vante, «Je suis Brahma, Le Grand Brahma, Père de Toutes choses…» Pourtant, il continue d’esquiver la question. Finalement le moine est si persuasif, qu’il le prend par le coude et l’amène à l’écart et lui murmure, «En réalité, je ne connais pas le réponse à votre question, vous auriez du demandé au Bouddha !»

En quoi est-ce amusant ?

Il s’agit d’une brillante et précise juxtaposition des prétentions religieuses. La vantardise et la fanfaronnade sont révélées pour ce qu’elle sont. Bien que l’histoire telle qu’elle est mise avant concerne les brahmanes, d’autres textes indiquent clairement que le Bouddha respectait les bonnes pratiques des premiers Brahmanes (après tout, ils devaient maîtriser les jhanas pour devenir Brahma en premier lieu.) Le point ici est que l’autorité religieuse est soutenu par des signes et des expositions, et avec un peu de questionnement une personne dévouée et persistante peut voir la vérité sous la surface.

8. Sariputta a son club

Où le situer dans le Canon ?

Udana 4.4

Contexte ?

Tout en se promenant, lors de la pleine lune, un yakkha (forme de génie sanguinaire qui figure dans le panthéon indien ) tombe sur Sariputta en pleine méditation, la tête fraîchement rasée. Une cible tentante pour un club d’ogre. Incapable de résister, malgré les avertissements de son ami, il lui donne un coup sur la tête qui diviserait une montagne en deux. Pourtant, Sariputta est assis là, imperturbable et le coup rebondit. Plus tard, Moggallana lui demande s’il a vu quelque chose d’inhabituel, et Sariputta lui répond : «Non, mais j’ai un léger mal de tête».

En quoi est-ce amusant ?

Allons ! Un énorme troll cognant une tête chauve et rutilante au clair de lune? Comment cela ne pourrait pas être drôle? L’épisode est burlesque, et donne un contraste amusant entre la religion violente des yakkhas – qui, ne l’oublions pas, était une pratique culturelle courante impliquant souvent des sacrifices humains – et la culture pacifique des bouddhistes.

7. Sakka fais demi tour

Où le situer dans le Canon ?

Samyutta Nikaya 11.6, Kulavaka Sutta

Contexte ?

Dans l’interminable guerre entre les Dieux et les Titans, les Dieux ont perdu la bataille et ont fui, avec les Titans aux trousses… Le chemin de leur évacuation les conduisent à devoir traverser une forêt pleine d’oiseaux délicats accompagnés de leurs poussins qui viennent juste de naître. Sakka ne peux supporter l’idée de mettre en danger ces créatures innocentes, et c’est pourquoi il demande à son conducteur de char Matali, de faire demi-tour, même si cela signifie faire face à leurs ennemis. Les Titans, cependant, supposent que Sakka a fait demi-tour parce qu’il a des renforts. Terrifiés, ils fuient et les Dieux finissent victorieux – et les oiseaux sauvés.

En quoi est-ce amusant ?

Sakka est la version bouddhiste du féroce dieu de la guerre des Vedas, Indra. Il est l’archétype du héros aryen, qui conduit son peuple sur des raids de char, pillant et massacrant dans la joie, et la force de la victoire. Les textes bouddhistes en ont fait, non sans difficulté, un porte-parole de la non-violence. Comme les allégories religieuses, cela donne, d’une façon légère, une allégorie politique à l’idée que la non-violence peut être une source de force et de succès politique.

6. L’Humiliation de Mara

Où le situer dans le Canon ?

Sutta Nipata 3.2, Padhana Sutta

Contexte ?

Mara essaye de mettre en déroute le Bouddha, mais finit vaincu. Bien que les commentaires ultérieurs décrivent l’armée de Mâra comme une meute de monstres vicieux, cette histoire au début énumère simplement 10 facteurs purement psychologiques : le désir, le cynisme, etc. Mara tente de séduire le Bouddha afin qu’il accepte de suivre seulement une pratique de mérite et d’abandonner ses efforts vers l’Éveil. Mais le Bouddha est imperméable, et Mara fini déprimé, disant qu’il n’a eu aucune possibilité de toucher le Bouddha comme une corneille n’a aucune possibilité de percé un rocher. Le Sutta prend fin avec l’image inoubliable du «chanteur/hurleur déprimé» (Mara) laissant tomber le luth de son aisselle et disparaître dépité.

En quoi est-ce amusant ?

Mara est loin d’être le parangon du mal auquel on pourrait s’attendre, en comparaison avec le Satan chrétien. Il est plus proche de la figure du Farceur (Trickster) de la mythologie populaire, sauf qu’il finit invariablement par se piégé tout seul. Sa défaite inévitable est un marronnier, répété dans d’innombrables histoires. Comme Bip Bip et le Coyote (une autre figure du Farceur), le plaisir en vient à observer sa (certes admirable) persistance et son ingéniosité, tout en sachant que ses efforts sont voués à l’échec… J’aurais pu choisir n’importe quel Sutta pour ce passage sur Mara, mais ce grand épisode est un archétype et méritait d’être signalé. Mention spéciale, cependant, pour le Majjhima 50, le Maratajjaniya où Mara entre en Moggallana afin de le posséder, Moggallana dit alors se sentir comme si son ventre était plein de haricots…

5. La Doctrine de Dighanakha

Où le trouver ?

Majjhima Nikaya 74, Dighanakha Sutta

Contexte ?

Dighanakha approche le Bouddha et sans attendre son reste lui déclare sa doctrine. Avec un nom tel qu’ «Ongle long», on se doute que ça ne peut pas bien finir. Sa doctrine réside dans le fait que «Rien dans le monde n’est plaisant pour lui» Le Bouddha lui répond avec l’une des meilleurs répliques dans les Suttas : «Bien, et cette vue que vous avez fais vôtre, vous plaît elle ?»

En quoi est-ce amusant ?
La réponse du Bouddha est profonde, pleine d’esprit, et va droit au cœur même du sujet. Comme n’importe quel trait d’humour réussi, ce n’est pas seulement amusant, mais cela souligne une vérité profonde : les religieux prétendent souvent avoir abandonner ou transcendé le monde, mais c’est leur attachement à leurs idéaux religieux qui les retiennent attachés au monde.

4. Les Femmes De Ratthapala

Où le trouver ?

Majjhima Nikaya 82, Ratthapala Sutta

Contexte ?

Ratthapala est le fils d’une famille prospère. Il obtient la permission de ses parents d’ordonner seulement après s’être privé de nourriture jusqu’à pratiquement en mourir. Lorsqu’ il retourne dans sa famille après avoir atteint l’Éveil, sa famille tente de le persuader de revenir à la vie laïc, en plaçant un imposant tas d’or à ses pieds et en lui servant des plats délicieux. Ses ex-épouses viennent à sa rencontre dans l’intention de le séduire. Elles lui demandent : «Est ce pour l’amour des jeunes filles divines et célestes que vous suivez la vie sainte?» Ratthapala répond : « Mes sœurs, nous ne vivons pas la vie sainte pour l’amour des jeunes filles divines» Elles hurlent : «Il nous a appelés «Sœurs !» puis s’évanouissent.

En quoi est-ce amusant ?

Oui, c’est un scénario standard «Femmes tentent Ascètes», mais je ne pense pas que ce soit si sexiste qu’il y paraît hors de son contexte. La majeure partie du Sutta concerne Ratthapala et son face à face avec ses parent, et plus tard avec un roi. Les femmes n’apparaissent que dans cette scène, et sont un dispositif narratif transparent. L’image des femmes qui pleurent, «Il nous a appelés sœurs» et l’évanouissement qui suit.. Pour moi l’humour réside dans la naïveté de leur réponse, en contraste frappant avec les femmes sages et fortes qui se trouvent ailleurs dans le Sutta. Cela apporte un peu de légèreté, qui contraste avec les enseignements sombres et profondes par lequel le sutta se termine . Le Sutta dans son ensemble est l’un des plus dramatique et spectaculaire de tout le canon, et l’effet est en partie accompli grâce à la fusion des éléments sombres et clairs. Quoi qu’il en soit, si vous pensez encore que cette l’histoire est la preuve du sexisme du Canon Pali, peut-être que vous n’êtes pas encore familier avec …

3. Les Stances de la Libération de Mutta

Où le situer dans le Canon ?

Therigatha 1.11, Muttatheri

Contexte ?

Une Bhikkhuni ayant atteint le plein Éveil chante sa libération de trois choses tordues/de travers : Le mortier, le pilon et son…Ancien mari.

En quoi est-ce amusant ?

Les «Mœurs ou politiques sexuelles» ont, paraît-il, changé mais pas tant que ça en réalité. Ces courts versets enchaînent allègrement le mondain et le Sublime, évoquant avec sincérité les désagrément de la vie domestique. Plutôt que d’offrir une solution de type Cendrillon (le prince charmant va vous emmener et vous pourrez vivre dans un château – avec quelqu’un d’autre pour faire la cuisine et le ménage), celui ci offre une solution authentique : Se libérer de la naissance et de la mort.

2. La Foi De Citta

Où le situer dans le Canon ?

Samyutta Nikaya 41.8, Nigantha

Contexte ?

Citta, un disciple laïc très intelligent et habile vient rencontrer Mahavira (en pali Nigantha Nataputta), le Maître des Jaïns et principal rival du Bouddha. Mahavira lui demande s’il a foi dans l’enseignement du Bouddha où celui ci dit qu’il existe un niveau méditatif si calme que tout mouvement de la pensée (appliquée et initiale) a complètement disparu ?

Citta répond qu’il n’a pas foi dans l’enseignement du Bouddha. Mahavira est heureux et pouffe de joie, puis bat sur sa poitrine, et déclare: «Vous voyez, même les disciples du Bouddha ne le croit pas !» Puis, il salue Citta pour son honnêteté.

Citta, demande cependant à Mahavira, «Qu’est ce qui est supérieure entre la foi et la Connaissance directe ?» Mahavira est d’accord sur le fait que c’est la Connaissance directe qui est supérieure. Citta déclare ensuite que quand il le souhaite, il entre dans le second jhâna où il n’y a pas de mouvement et d’application de la pensée, et que par ailleurs il a l’expérience de réalisation méditatif plus élevés encore. Donc, il n’a pas besoin d’avoir la foi : il parle de sa connaissance personnelle. Mahavira est dévasté: il jette un regard de côté à sa suite, et dit ô combien Citta est fourbe et hypocrite.

En quoi est ce amusant ?

Malheureusement, ni les écritures Jains, ni les écritures Bouddhistes ne relatent de rencontre entre le Bouddha et Mahavira ( Nigantha Nataputta), alors les échanges comme celui-ci sont les meilleurs que nous ayons. Comme souvent lorsqu’il est question des prétentions religieuses, Citta expose certaines des lacunes du système jain vu par les bouddhistes. En mettant autant l’accent sur la mortification, ils n’ont pas la tranquillité nécessaire pour parvenir à une méditation profonde, et ne peuvent donc pas avoir accès à la vérité. En outre, Mahavira affirme avec emphase être omniscient, alors comment peut il être aussi facilement dupé ? – et par un «simple» laïc en plus de cela.

1. La Sérénade de Pancasikha

Où le situer dans le Canon ?

Digha Nikaya 21, Sakkapanha Sutta

Contexte ?

Sakka souhaite aborder certaines question avec le Bouddha, mais n’arrive pas à obtenir une entrevue avec lui, celui ci étant en retraite. Pancasikha le gandhabba (musicien céleste) propose alors de l’aider, et se tenant debout ni trop proche, ni trop près, entame une sérénade à l’attention du Bouddha vantant le «Bouddha, le Dhamma, les Arahants, et… l’amour». Il chante à sa bien-aimée Suriyavacchasa, « jeune fille aux cuisses d’amours», dont c’est la beauté glorieuse qu’il convoite «comme les Arahants aiment le Dhamma». Son désir grandit à l’instar des mérites obtenus par les dons faits aux Arahants, et s’il devait être fait un (littéralement plonger dedans !) avec sa bien-aimée, il se réjouirait comme l’Éveil que le Bouddha a atteint ! En dépit de l’inadéquation scandaleux de la chanson, le Bouddha le récompense avec un beau compliment: le son de votre voix est en harmonie avec le son de votre luth. Charmant ! Évitant néanmoins soigneusement de commenter le contenu de la chanson. (Soit dit en passant, certains mythes postérieurs on fait du luth de Pancasikhas rien de moins que le luth qui avait chuté de l’aisselle Mara dans l’épisode mentionné ci-dessus. Pas si invraisemblable alors que les deux événements semblent si étroitement liés à l’Éveil du Bouddha. )

En quoi est ce amusant ?

Une chanson d’amour dans le Canon pâli ! Bien que ces versets sur l’amour soient peut être les plus anciens de la littérature indienne existante, ils sont clairement maitrisés et par ailleurs pratique le trope (figure rhétorique) de manière habile. Même si la chanson ne parle pas directement du bouddhisme, il utilise le standard de l’imagerie bouddhique : comme un éléphant plongeant dans un étang froids de lotus, Pancasikha aspire à plonger dans le sein de sa bien-aimée. Préfigurant la littérature indienne tardive comme Ashvaghosa, les versets sont ironiquement conscients de leur propre tension : son amour qui lui accordera une douce libération comme des flammes se refroidissant sur l’eau, mais en même temps il est comme un poisson coincé sur un crochet, son cœur lié, et ses pensées confuses. On peut le lire soit comme une ritournelle érotique, ou comme une exposition des souffrances liée à la luxure. Et, comme le Sutta Ratthapala, le récit est suffisamment sophistiqué pour passer d’un sens léger à des sujets bien plus importants qui seront traitées par la suite.

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